Sécurité euro 2016 : la polémique autour des fans-zones est-elle fondée ?

À 10 jours du lancement de l’euro 2016, alors que plusieurs élus et responsables politiques appellent à l’annulation des fans zones et que la polémique enfle concernant leur maintien, le département d’Etat américain a lancé il y a quelques jours une « alerte » déconseillant à ses citoyens de se rendre en Europe et d’éviter l’Euro 2016 et le tour de France.

Un rapport de l’Office fédéral allemand de police criminelle (BKA) révélé par Bild le 19 mai, évoquait déjà le fait que l’Euro 2016 pourrait être la cible d’attentats, sur des cibles symboliques et “vulnérables” [engendrant] un retentissement médiatique considérable et un grand nombre de victimes » et précisait en outre que des équipes pourraient être visées. Cette information a été reprise le 31 mai par le site « Clarion projet » selon lequel des plans découverts dans l’ordinateur de Saleh Abdeslam évoqueraient de façon très détaillée le ciblage des équipes russes et anglaises à Marseille.

Les sociétés de gardiennage pour sécuriser l’intérieur des fans zones

Rien ne permet de remettre en cause le professionnalisme et le sérieux des sociétés de gardiennage qui vont être chargées d’assurer la sécurité à l’intérieur des fans-zones. Elles assurent déjà la sécurité des matchs dans les stades lors des compétitions plus traditionnelles et locales. Cependant, sont-elles adaptées face au risque que représentent des zones à forte densité de population, où la consommation d’alcool sera autorisée et alors que nous sommes en plein état d’urgence avec une menace terroriste à son paroxysme ?

Nous sommes en droit de nous interroger sur la pertinence de la mission qui leur est confiée.

D’autant que les plus grosses entreprises de sécurité en France, telles que Sécuritas, ont toutes refusé de sécuriser les fans-zones, car “elles jugent trop difficile, mais aussi trop risqué d’assurer la protection de dizaines de milliers de personnes rassemblées devant un écran géant“.

Quelle sera la capacité de réaction des vigiles en cas d’incident et comment interviendront-ils pour fixer et neutraliser une menace potentielle, particulièrement dans le cas d’une attaque terroriste du type de celle du 13 novembre.?

A moins d’être secondés et accompagnés par un OPJ, comment interviendront-ils lors d’affrontement entre supporters ou encore en cas de hooliganisme bien plus violent, sans moyens de coercition, ni pouvoirs de police ?

Si le patron de Synergie-Officiers, Patrice Ribeiro assure que : « Le problème principal demeure le hooliganisme et les débordements conventionnels » ; pour Jean-Claude Delage, numéro un d’Alliance, les fans-zones sont « un souci de plus à gérer, dans un contexte déjà très tendu ». Au sein d’Unité-SGP-FO, Nicolas Comte estime quant à lui, que « les déplacements anarchiques hors des fans-zones seront tout aussi compliqués à gérer ».

Quid en cas d’attaque ou d’attentats ?

Ça passe ou ça casse

A Paris seuls 400 vigiles assureront la sécurité des 90 000 supporteurs de la fan-zone du Champ-de-Mars (soit 1 agent pour 225 personnes), alors que le ratio appliqué en Pologne lors de l’Euro 2012 était de 1 pour 100. Soit 2 fois plus…

Dans son édition du 29 mai , Libération interroge un bon connaisseur du milieu(sic), selon lequel certaines sociétés auraient raclé les « fonds de tiroir » du côté du Bénélux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas) afin d’engager ce qu’il restait de francophones disponibles.

Alain Bauer déclare même que « le casse-tête se situe plutôt du côté de l’humain » et se demande si « …les opérateurs privés ont réussi à recruter tous les agents nécessaires, et notamment un nombre suffisant de femmes pour assurer les palpations sur le public féminin », avant de poursuivre : « …on rappelle des gens qui étaient à la retraite, …mais la vérité, c’est qu’on n’a plus d’agents en stock. ».

Il conclut le 27 mai sur le plateau de BFM « Une partie de l’organisation est aléatoire ».

Toujours dans Libération, nous apprenons que pour renforcer les effectifs en vue de l’Euro 2016, une habilitation expresse donnant accès à la carte professionnelle d’agent privé après une formation plus courte que le diplôme classique, a été validée par l’Intérieur fin 2015.

Le statut d’agent de sécurité armé : un effet d’annonce

Nous l’avons déjà écrit, les enseignements de l’attaque du Bataclan ont mis en lumière que les premières minutes qui suivent une attaque sont décisives et que si le primo intervenant dispose d’une capacité de neutralisation (donc d’une arme) ce sont de nombreuses vies qui peuvent ainsi être sauvées. (Au Bataclan, l’intervention d’un commissaire de la BAC et de son chauffeur ont permis de neutraliser un terroriste qui n’a pu faire usage de son arme ni déclencher sa ceinture d’explosifs).

Cependant, malgré les annonces relatives à la création d’un statut d’agent de sécurité renforcée (ASR) après les attaques contre le Bataclan, rien n’a été réalisé à ce jour. À part la société assurant la protection de Charlie Hebdo qui a obtenue l’autorisation du port d’arme pour ses salariés ; le statut et les conditions de son obtention pour des agents privés ne sont toujours pas connus. Le Ministre de l’Intérieur devrait décider d’ici deux mois (SIC) si, en plus des convoyeurs de fond, certains agents privés de sécurité seront armés.

S’attendre au pire, espérer le meilleur : un pari risqué

Enfin, à défaut d’avoir des Agents de Sécurité recrutés parmi les anciens militaires ayant les compétences professionnelles pour être armés, comme de nombreuses sociétés et syndicats professionnels le suggèrent depuis longtemps ; le bon sens ne commanderait-il pas que les vigiles des sociétés de sécurité soient déployés en périphérie et autour des fans- zones et affectés au filtrage et au contrôle des accès, voir à l’ilotage ?

Cela permettrait d’assurer une sécurité périphérique et périmétrique et de déceler de manière précoce des fauteurs de troubles, des comportements ou individus « suspects » qui, en liaison avec les forces de l’ordre, seront contrôlés, expulsés ou interpelés.

Cette mission parait beaucoup plus en adéquation avec l’expertise des sociétés de gardiennage, la sécurité à l’intérieur des fans-zones restant de la responsabilité d’agents des forces de l’ordre armées et ou en civils ayant capacités à intervenir là où le risque sera le plus grand.

Malheureusement, il semble que, faute de moyens, ce ne soit pas le choix qui ait été arrêté.

Le rôle des experts en sécurité est de s’attendre au pire afin d’améliorer les procédures de sécurité et limiter le risque d’occurrence.

Cependant le pire n’est jamais certain et seul l’avenir nous dira si ce choix aura été le bon et si la polémique sur les fans zones était fondée.

En ce qui nous concerne nous considérons que le pari est risqué.

David HORNUS, Directeur © CORPGUARD

David HORNUS
(Directeur)
« Everytime everywhere, be safe »
www.corpguard.com
dhornus chez corpguard.com
Office : +33.426.024 813


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